Dans la mémoire
collective guadeloupéenne, la Jeanne d'Arc est un
personnage important de l'histoire. Elle incarne l"An tan
Sorin" ou "période du gouverneur Sorin". Arrivé
en Guadeloupe en 1940, sous le régime républicain, il dut
obéir à l'amiral Robert qui, basé en Martinique, lui dépêcha
la Jeanne d'Arc et l'amiral Rouyer. La tension fut
toujours très vive entre Sorin et l'autoritaire Rouyer. Responsable
des services d'information, ce marin utilisa la Jeanne d'Arc
comme quartier général et comme instrument de répression.
C'est ce qu'incarne encore ce navire aujourd'hui dans les
mémoires. On raconte que, dans les années cinquante, un marin
de la Jeanne, qui n'avait pas connu la guerre, fut pris
à partie dans Pointe-à-Pitre : il avait négligé de retirer
son couvre-chef portant le nom du vaisseau...
Il serait cependant ridicule et
complaisant d'affirmer que les marins de la Jeanne d'Arc
occupèrent la Guadeloupe, comme je l'ai lu en 1995 sous la plume
d'une journaliste. S'il y eut une "Guadeloupe sous
Vichy", il est absurde d'évoquer une "Guadeloupe sous
l'occupation". Marins ou fantassins, métropolitains ou
tirailleurs africains, les militaires étaient en Guadeloupe dans
les années trente, quarante, cinquante,... Cette photographie
illustre le passage régulier de la Jeanne en Guadeloupe
avant-guerre, ici au mouillage aux Saintes.
On entend par occupation,
l'installation d'armées étrangères. Or, dans la logique
française assimilationniste comme dans la logique nationaliste,
la période de Sorin ne saurait apparaître comme celle d'une
Guadeloupe occupée, ou plus occupée que dans les temps
ordinaires.
NB : le navire Jeanne d'Arc
actuel, n'est bien sûr pas le même que son homonyme du milieu
du siècle. Il est, aux dernières nouvelles, commandé par
l'Amiral Rouyer, parent du précédent. Il est bien évident que
les faits impliquant l'amiral Rouyer de 1940 ne sauraient être
imputés ou reprochés à son neveu.
Dominique Chathuant